Parmi les plus illustres identités adoptées par Matthew Dear (et les plus dévastatrices aussi), il y a Audion et son électro percutante qui engloutit tout sur son passage. Mais lorsqu’il assume pleinement son nom de baptême, Matthew devient soudainement plus charnel, moins incisif. Il promène alors sa techno au pays d’une pop décomplexée, chantée d’une voix grave et détachée, démultipliée et dénaturée au point de souvent ressembler à celle d’une de ses idoles, David Bowie. Un ayant vite fait de conduire à deux, Matthew Dear ne se prive pas de clins d’œil furtifs en direction de Prince (Shy, Good to be alive).
Qu’elle soit groovy et ludique à souhait (Elementary lover et sa cocotte funky), primesautière jusque dans le titre (Don & Sherri, Pom Pom), ou dotée de rebonds élastiques qui donnent le tournis (Will gravity win tonight ?), la musique de notre cher Matthew ne dépareillera pas sur le dancefloor. Aussi serait-on tenté de lui reprocher un petit excès de superficialité sur pas mal d’attributs, et de le préférer dans ses tentatives de réchauffement, comme sur Deserter qu’il parsème de morceaux de lune, délaissant ainsi la piste de danse pour celle aux étoiles. C’est également avec une réussite certaine qu’il se positionne derrière une guitare sèche pour livrer en fin de soirée un pop-folk lui aussi tourné vers les astres (Give me more), sinon la tête dans la fumée de cigarette (Midnight lovers).
De danse, aux étoiles, brouillées : Asa breed est une histoire de pistes.
(7.5)
Sébastien Radiguet
Ghostly international / PIAS
Sortie le 5 juin 2007