Plus qu'un label, Modern Love est une famille vagabonde (un pied à Detroit, l'autre à Berlin) qui jouit d'une unicité de tonalité musicale indéniable. Ceux qui auront déjà eu l'occasion de palper leurs Ep's vinyliques (dont ont été extraits une petite moitié des titres ici présents) ne seront pas dépaysés. Très vite s'instaure un climat résolument urbain (Aged drone) qui glisse subrepticement dans le vif du sujet, une techno minimale aux effluves dub marquées, où les kicks se veulent épais, les basses rondes et profondes, les nappes ondulantes et anxiogènes (Lamnoman, un rien flippant), et les éléments orbitaux gorgés de reverb. Dans le domaine, la paire enfante quelques classiques du genre, dans un esprit proche des plages de Claro Intelecto (Modern mode, Chord calculus), n'hésitant pas à colorer et réchauffer sa musique, la rendant par la même occasion plus dansante (Uncivil engineering, et ses nappes qui glissent selon une grille d'accords nourrie au jazz modal). Sur Unit 6, le tempo décélère et soubresaute pour flirter avec un dub-step auréolé de boucles mélodiques aussi entêtantes qu'obscures. Lorsqu'ils axent moins leur travail sur les rythmiques, les Pendle coven nous promènent entre Basic Channel et scape (Deadbeat, mon regard se porte sur toi), c'est-à-dire dans une immense chambre d'écho où nappes et souffles froids résonnent et rebondissent (Optimal et Golden Hadron, deux réminiscences des travaux d'Echospace et Deepchord). A propos de jeux d'échos, ceux-ci atteignent leur apogée et leur vitesse maximale dans le très rythmé MVO chamber et le caudal Exigen, garant d'une immersion complète dans un hangar désaffecté berlinois, dans lequel les accords n'en finissent pas d'envahir l'espace et le cerveau.