Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 mars 2009 5 20 /03 /mars /2009 21:51
Avec une troupe qui affiche des influences aussi disparates que Prince, Amon Düül II, Hot Chip, Gwen Stefani, Pulp, Boards of Canada, Pere Ubu, Danielson Family, Scritti Politti, The Blow ou Pink Floyd, on est en droit de s'attendre à l'inattendu. Et c'est à peu près ce que dissimule ce rafraîchissant OMNI.
Alors quand Fol Chen commence par nous chantonner des " Don't follow me " en compagnie du nasillard et râpeux Raymond Raposa (aka Castanets), notre curiosité mêlée d'insubordination nous pousse à poursuivre. Sans plus attendre, No wedding cake embabouine : on croît presque à une plaisanterie FM, mais très vite on prend conscience qu'on à affaire à un fac-similé de Hot Chip qui aurait convié des choeurs féminins et les cocottes funky de Prince pour dériver vers un final électro-pop digne d'un Postal Service en forme olympique, ni plus ni moins.
Atypique et constamment surprenant, Fol Chen poursuit avec une incitation à l'oisiveté (You and your sister in Jericho), où boîte à rythme cheap, pedal steel à l'exotisme ostensible et douce trompette ensoleillée sont autant d'appels à un farniente au milieu de vahinés. Et puis, des programmations rythmiques déchainées et crachotantes déboulent, fermement décidées à nous sortir de cette passagère torpeur.
Inclassable et adepte du zigzag musical, la troupe se prend (encore) pour un Hot Chip malicieux jammant avec les cuivres de l'harmonie municipale de votre bled (The idiot), se montre presque aussi allumé que Gang Gang Dance, aidé en cela de percus qui tabassent sévèrement, de synthés clinquants, bizarroïdes et vaguement arabisants (Winter that's all). Tout aussi étrange et délectable, mais plus ralenti, The longer u wait (qui débute comme le Solid des Dandy Warhols, mais dans le coma), hypnotise de ses guitares désaccordées et claviers patraques. Frais et jovial, Cable TV signe le rassemblement de Black Box Recorder, Hot Chip, Cornershop et son sitar d'indophile, unis pour une cause commune : concocter un hybride funky - r'n'b irrésistible et raccoleur.
Avec un final sonnant comme si Jim Noir s'était attelé à la composition d'une ballade insulaire (qui aura très vite fait de se faire botter le cul), on frôle un sans-faute dans ce gouleyant melting-pot.
[8.0]
Sébastien Radiguet

Tracklist

01. The believers
02. No wedding cake
03. You and your sister in Jericho
04. The idiot
05. Red skies over garden city (The ballad of Donna Donna)
06. Winter, that's all
07. Cable TV
08. Please, John, you're killing me
09. The longer u wait (Version)
10. If tuesday comes

Durée : 41'40
Sortie : février 2009
Label : Asthmatic kitty / Differ-ant

Repost 0
Published by ondefixe - dans CHRONIQUES ALBUMS
commenter cet article
13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 10:17
aMute a vu le jour quelque part à l’orée de 2002, comme le bébé musical du Montois Jérôme Deuson. Puisque nul n’est prophète en son pays, c’est via un positif bouche à oreille à l’étranger qu’il signe chez les Canadiens d’Intr-version pour deux albums qui l’amènent peu avant les prémices de ce Infernal heights for a drama bien sous tous rapports.

En 2008 Jérôme Deuson se sent sans doute un peu à l’étroit dans sa solitude, même s’il est parfois rejoint sur scène par le personnel de APSE ou de l’Altra, Il décide d’entamer le travail autour d’un prochain album, avec une nouvelle famille musicale, qu’il trouve à Bruxelles avec Samuel Volan à la basse, Thomas Venegoni à la guitare et Stéphane Védèle à la batterie. C’est sans doute ce choix tactique qui lui permet de peaufiner quant à lui les sonorités et arrangements via son laptop ou de travailler le côté arty des prestations scéniques. C’est assurément cette décision qui donne à infernal heights for a drama l’ampleur d’un disque inaugural pétaradant.

Parce que ce qu’il y a de bien avec les groupes belges, et Deus en était jusqu’il y a peu un exemple flagrant (les Français aiment bien toujours placer Deus dans une chronique de groupe belge, z’avez remarqué?); c’est que les formations du royaume se contrecarrent (on dit pas “se sur-carrer” en langage jeune maintenant?) comme de leur dernière chemise des cloisons entre les genres musicaux. Ainsi, à première vue, aMute est une nième incarnation post rock ou quelque réminiscence de the Gathering. Si si, avec des débuts tranquilles, des constructions spiraliques et un napage de guitare progressif à la limite entre post rock et psyché. Franchement la première écoute ne nous a pas laissé un souvenir impérissable, et c’est sans doute parce qu’on se rappelle qu’un jour le guitariste est venu jouer, en culottes courtes, dans le jardin parental bruxellois en compagnie de mon arsouille de frangin, qu’on a décidé de le réécouter en augmentant sensiblement le volume, et en passant le CD du PC à la chaîne hi-fi.

Il lui fallait ça à Infernal heigts, pour déployer ses jolies ailes et nous montrer comment d’un battement d’aile bruxellois, il s’amuse à faire tanguer les cloisons musicales. Pour nous montrer qu’il faut toujours écouter plusieurs fois ses albums en mode variation. Car en s’y penchant de plus près, s’il est vrai qu’on ne peut nier la composante post rock qui fournit d’ailleurs ici une atmosphère générale sombre et qualifiante à l’album, il serait mesquin de réduire aMute à ce seul ingrédient.

Derrière ces huits titres qui se déploient progressivement, aMute pose les bases d’un univers au gré duquel le groupe nous ballade au long des huit titres. Comme un décor un peu industriel, un peu désolé, un peu cathodique où aMute nous convoque. Et où on joue à se faire peur
A l’intérieur de ce petit monde concentré, le groupe se joue des limites, et très souvent, la guitare s’apaise pour céder la place à la bidouille Mogwaienne ou même au folk "Dybdhalien" (bah oui dur de trouver un référent folk qui ne renvoie pas immédiatement à l’immage du cowboy).

Et ça fait mouche sur votre serviteur, qui évite la lassitude au gré de ces subtils changements de panorama, dans le même décor. Ce n’est pas tout, Deuson s’amuse en anglais, comme Deus s’amusait à l’époque de Instant street (voilà ayé j’ai placé Deus, ça c’est fait). C’est à dire en arrivant de ci- de là à torcher une mélodie carrément pop sous un déluge de guitare: rock chez les Anversois, post rock pour la capitale. C’est à dire, aussi, en allant fleurter parfois avec, toute humilité gardée, "le kid A" de la bande à Thom Yorke.

On se rend compte qu’on est conquis, quand est arrivé, emmené par le flot, au titre quatre, sans avoir réellement ni subi, ni perçu les hiatus des plages. Et qu’on s’y sent bien à volume sonore élevé. Saisi par un mélange d’angoisse, de désespoir, et avec au loin un ombre qui court… mais ne serait-ce pas Trent Reznor? ah non….

On savoure. A la fois parce que ce troisième disque mais-quand-même-un-peu-inaugural est plutôt bien foutu (et que du coup à part sur la moustache du guitariste on a pas vraiment de commentaire désobligeant) et qu’on sent qu’il y a encore une laaaaaarge marge de progression, du genre qui nous laisse présager concerts futurs et avenir discographique radieux plutôt que redondant. Et puis parce qu’à titre personnel, j’ aime bien aussi ce souci du détail dans les formations belges (c’est peut-être en fait ça le dénominateur commun que je trouve en qualité d’expatrié). Des groupes qui comme le Venus du début ou le Soy un Caballo d’aujourd’hui cisèlent aussi tout ce qui n’est pas que musical: visuel, matériel de scène, site internet, vidéos -alors que rien d’officiel n’a encore réellement démarré pour eux-.

Pour toutes ces raisons je demande à faire partie dès aujourd’hui, du fan club d’aMute. Et je m’asseois aux premières loges afin d’assister à la suite de leurs aventures. Imaginant que certains parmi vous, feront de même.
[7.5]
Denis Verloes


Tracklist :
01. Break
02. May faint
03. Begone
04. Enclosed movements / inner you
05. When things are not going right
06. Spread
07. No other man
08. Eyelash:fukt

Label: Stilll / Differ-ant
Date de sortie: 5 mars 2009

Repost 0
Published by ondefixe - dans CHRONIQUES ALBUMS
commenter cet article
26 février 2009 4 26 /02 /février /2009 22:51
Lorsqu'il n'est pas affairé à nous offrir des échos pastoraux à Simon & Garfunkel en compagnie de son acolyte Eirik Glambek Boe, Erlend Øye stimule nos voûtes plantaires au sein du quatuor The Whitest Boy Alive.
Ce projet que l'on nous présente souvent comme une parenthèse récréative électronique s'avère en réalité être une savoureuse machine à danser, plus organique et chaleureuse que synthétique et glacée.
Car si l'on décèle bien une petite séquence programmée bondissante qui pointe le bout du nez sur Courage, des synthés qui ont retenu le meilleur des 80's sans jamais être tapageurs ni dégoulinants, The Whitest Boy Alive, c'est avant tout une formation classieuse dotée d'un groove inné, d'une élégance distinguée.  Avec son binôme basse-batterie rigoureux mais sensuel que pourrait bien jalouser ESG ou Fujiya & Miyagi, son piano Rhodes inspiré et discret, cosy et jazzy à souhait, une guitare adepte de la cocotte funky et qui trouve toujours le gimmick accrocheur sans être racoleur, le quatuor ne joue jamais la surenchère et laisse parler son talent d'écriture, au point de piétiner sur la même haute marche qu'un Hot Chip dégraissé et débarrassé de ses machines.
Avec une production aux petits oignons, une voix claire comme de l'eau de roche, le groupe nous gratifie de ses instants sensuels et lounge, douillets et charmeurs (Intentions, Rollercoaster ride, Gravity et ses brèves interventions de choeurs distingués), mais excelle quand il a décidé de nous inciter au déhanché, se révélant au détour de 1517 aussi engageant et séducteur que Phoenix sur son Alphabetical, et complètement craquant sur les sept minutes de groove implacable passées sur leur Island presque paradisiaque. Assez irrésistible en somme.
[8.5]
Sébastien Radiguet

The Whitest Boy Alive : 1517

Tracklist :
01. Keep a secret (4:07)
02. Intentions (3:39)
03. Courage (4:22)
04. Timebomb (3:42)
05. Rollercoaster ride (2:37)
06. High on the heels (3:19)
07. 1517 (3:32)
08. Gravity (3:48)
09. Promise less or do more (4:16)
10. Dead end (3:22)
11. Island (6:57)

Durée : 46'00
Sortie : mars 2009
Label : Bubble / Differ-ant

Repost 0
Published by ondefixe - dans CHRONIQUES ALBUMS
commenter cet article
19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 20:59
Tangtype est l'aventure sonore intactile d'un couple idyllique. Elle, Julie Cambier, est perchée sur un nuage et y chante d'une voix douce et frémissante, aérienne et assurée. Ce nuage par définition mouvant, c'est Lui, Jean-François Brohée, qui l'esquisse, lui donnant des allures d'amas abscons, où s'entrecroisent textures numériques étirées, doucement abrasives ou soumises à des spasmes incontrôlés, des guitares profondément déconstruites, des débris digitaux disloqués qui pourraient tenir lieu d'ossature rythmique, mais préfèrent papillonner en toute liberté.
Dans ce paysage en mouvement perpétuel, hautement numérique mais empreint de poésie, divagation et égarement sont garantis. C'est à peine si le chant, séraphique et fragile, nous sert de points d'attache et de repère. Et pourtant, à de rares occasions et pour de courts instants, des boucles distinctes et gracieuses se dessinent, évoquant la folie douce de Juana Molina (Lulled by a rubbery sweep), la guitare reprend ses couleurs et tonalités originelles, se montre hispanisante, hésitant entre bossa et flamenco rythmé de percussions à mains (Unwinking transmission). Mais très vite, l'abstraction revient au galop, s'assimile un peu à celle d'Avia Gardner ou de Désormais, tout particulièrement sur la micro-symphonie Downward aux textures grésillantes, aux violons intensément déconstruits.
Après un tombé de rideau de nappes abrasives digne de Fedaden, derrière lequel on perçoit d'exquis entrelacs de basse et de guitare, La reine du sandwich nous renvoie non seulement à sa nature multi-couches, mais aussi au caractère convivial d'un repas partagé par le biais de field recordings faisant la part belle aux couverts et au brouhaha de gens attablés.
Et puis la poésie retombe d'un cran, l'altitude aussi, sur 8 minutes de Connories en pagaille, foutraques et récréatives, sorte de petit capharnaüm tout droit venu d'une improbable cuisine de tribu africaine, où l'on aurait entreposé percussions de fortune, objets de récupération (casseroles ?), boîtes à musique et pianos à pouce.
Un dénouement non indispensable mais assurément à part, pour un disque qui l'est tout autant, et dont il convient de souligner l'illustration poético-graphique très à-propos, signée de la main délicate d'Astrid Yskout.
[7.5]
Sébastien Radiguet

Tracklist

1. Flake_Out (1:51)
2. Qudra (3:33)
3. Don't feed blue... See everything through rose-coloured spectacles (6:04)
4. Blank, lackluster eyes... Data takes over (7:14)
5. Lulled by a rubbery sweep (1:55)
6. Unwinking transmission (7:40)
7. Downward (7:00)
8. 'La reine du sandwich' (5:12)
9. Connories en pagaille (7:34)

Durée : 48'00
Sortie : mars 2008
Label : Humpty Dumpty

Plus+
L'espace MySpace de Tangtype
L'espace MySpace du label Humpty Dumpty

Repost 0
Published by ondefixe - dans CHRONIQUES ALBUMS
commenter cet article
18 février 2009 3 18 /02 /février /2009 21:35
Alors que la pérennité de ses projets collectifs Below the Sea et Glider demeure improbable, le canadien Pascal Asselin poursuit son échappée solitaire, continuant d'afficher une insatiabilité pour la chose atmosphérique. Mais là où cette dimension constituait la quintessence de ses disques antérieurs, elle revêt un caractère secondaire, laissant émerger une appétence certaine pour des mélodies intelligibles essaimées par des piano, violoncelle, guitare et contrebasse, et des rythmiques franches et appuyées, solidement amarrées dans le hip-hop. Cette nouvelle tournure amène la musique de Millimetrik à fréquemment marivauder avec le abstract hip-hop très cinématographique de DJ Shadow, proposant ainsi de possibles BO de films obscurs tournés dans le vieux Brooklyn (Le libraire obscur du Mont d'Iberville, ses samples orchestraux poussiéreux, ses trompettes bouchées et scratches de rigueur). Flirtant avec l'opacité des Boards of Canada (Pascaline Knight), ou une certaine forme de trip-hop langoureux, son langage polaire se pare de piano et/ou contrebasse répétitives au phrasé jazzy (En mémoire de Terror et Erebus, La sonate de l'homme bon et sa voix embrumée), ou de tonalités aux vertus anxiogènes, dès lors que The owls are watching us.
Conformément à ce qu'on était en droit d'attendre d'un pareil défenseur de la cause post-rock atmosphérique sous assistance électronique, Millimetrik s'en est allé dénicher quelques fleurons du genre, à commencer par Port-Royal, qui paraphe de ses guitares planantes et beats passagèrement crunchy Les artéfacts du futur ; puis Ulrich Schnauss qui, muni de ses claviers stratosphériques et givrés, apporte ampleur et panoramique au Suicide bi-polaire. Une densité synthétique que l'on retrouve sur A travers le temps de retour, en préambule aux Courants intimistes, alliage éthéré dreampop-tronica dans lequel se noie la voix liquéfiée de Marie Jorge.
A défaut de la nouvelle ère annoncée, cet album est le signe d'un glissement réussi et sans heurt vers des territoires plus rythmés et mi-lumineux.
[8.0]
Sébastien Radiguet

Tracklist

01. Sournoise supercherie 
02. Reykjavik (Version)   
03. Les artefacts du futur   
04. Suicide bi-polaire   
05. La sonate de l'homme bon   
06. Le libraire obscur du Mont d'Iberville   
07. En mémoire de Terror et Erebus  
08. The owls are watching us   
09. À travers le temps de retour
10. Courants intimistes
11. Pascaline Knight

Durée : 46'00
Sortie : mars 2008
Label : Make Mine Music
Repost 0
Published by ondefixe - dans CHRONIQUES ALBUMS
commenter cet article
12 février 2009 4 12 /02 /février /2009 23:50
Le japonais aus, que l'on ne peut définitivement pas taxer de nombriliste eu égard à son vaste intérêt pour la scène musicale (en attestent ses multiples collaborations et travaux de remix à double sens, la gestion de son label flaü), affiche sur son nouvel album un carton d'invitation assez impressionnant. Si chacun des intervenants imprime sa marque de fabrique, contribuant ainsi à nuancer la palette musicale, les composantes de cette dernière se trouvent soudées par une délicatesse commune.
Sur l'inaugural Water paintings, le timbre pénétrant de Sylvain Chauveau s'insinue dans un doux corpus de samples aquatiques, textures liquéfiées, arpèges de guitare et notes éparses de piano. S'ensuit un triptyque aux tonalités très nippones et numérisées, enrichi de la voix de poupée de Cokiyu, évoquant immanquablement l'électro-pop rêvasseuse de Piana, à ceci près que les rythmiques  sont ici un peu plus mordantes et vives, toujours situées dans de hautes tessitures (glitchs et picotements digitaux occupent une large place).
Arythmique, étiré et très volatil, Autoland s'agrémente de boîtes à musique scintillantes et d'un tapis douillet de cordes, marquant par là même un glissement en douceur vers quelque chose de plus organique, en l'occurence Fake Five. Affublé d'un pareil nom, difficile de ne pas envisager ce titre comme un clin d'oeil dissimulé au Take Five de Dave Brubeck, et d'autant plus crédible que les couleurs jazzy y sont nettes (un sample vinylique de piano très cosy) et les rythmiques sophistiquées, mêlant sonorités réalistes et programmations épileptiques dignes de Telefon Tel Aviv époque Farenheit fair enough. De jazz il est aussi question sur cette Waltz doucement chaloupée, où la voix romantique de Lindsay Anderson vient se confronter à des accents trip-hop (on pense vaguement au Glorybox de Portishead), et à un trio jazz de bar enfumé soumis à des déconstructions numériques.
Moins loquace mais assurément le plus admirable des titres, Lovers a un pedigree qui ne trompe pas : on y retrouve la patte The Remote Viewer à son zénith, au détour d'une longue plage mélancolique bâtie sur un engrenage fragile et émotif de boîtes à musique, piano électrique, guitare frêle et violon vacillant sur fond de rythmique chétive mais hautement ingénieuse.
Un peu à part, les trois plages suivantes ne sont autres que des relectures d'anciens morceaux. La première, signée Motoro Faam, envoie un piano de concertiste tape-à-l'oeil et exhibitionniste dans un orchestre au format numérisé. Verdict : pas du meilleur goût. Le piano d'Ametsub, si rouillé et déréglé soit-il, est beaucoup plus inspiré et délicat au milieu de ce simili-dub texturé et strié de rythmiques de cyborg. La lourde tâche de clore le chapitre revient à The World On Higher Downs, lesquels s'en sortent remarquablement, signant une belle plage ambient où se croisent lignes synthétiques évasives, notes cristallines noyées et cordes (é)mouvantes engagées dans un mouvement d'oscillation et de va-et-vient qui mène à l'égarement.
[7.5]
Sébastien Radiguet

Tracklist

01. Water paintings (feat. mondii & Sylvain Chauveau)
02. Vertigo (feat. Cokiyu & Geskia )
03. Ihi (feat. Cokiyu)
04. Closed (feat. Cokiyu)
05. Autoland (feat. Glim & Yukiko Okamoto)
06. Fake five
07. Waltz (feat. Lindsay Anderson) 
08. Lovers (feat. Craig Tattersall)
09. Hero of the paper boy (Motoro Faam remix)
10. Middle most (Ametsub remix)
11. Urum (The World On Higher Downs remix)

Durée : 62'50
Sortie : janvier 2009
Label : flaü / mochi mochi

Plus+
L'espace MySpace de aus
L'espace MySpace du label flaü
Repost 0
Published by ondefixe - dans CHRONIQUES ALBUMS
commenter cet article
11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 22:23
Croquet, par l'irréfutable sincérité qui s'en dégageait (et plus encore) avait fait de Squares On Both Sides un magnifique et attachant compagnon de tous ces instants où l'on cherche un peu de recueillement. Et Dunaj n'avait fait que conforter ce statut, installant définitivement le jeune Daniel Buerkner au rang des songwriters de l'intime.
Depuis lors, Hausmusik, qu'on ne remerciera jamais assez pour cette découverte, a rendu les armes et cessé toute activité, passant le relais à la maison luxembourgeoise Own records. En dépit de ce transfert, très peu de choses ont changé, et égoïstement je m'en réjouis, car c'est ainsi que sa musique me touche.
Impeccablement produit, rendant ainsi justice à la gestion de l'espace et des silences qui y est faite, Indication repose sur des mélodies épurées et pourtant obsédantes, construites avec un savoir-faire indéniable et matériellement peu de choses : basse timide, guitares acoustique ou électrique et piano joués tout en retenue, avec de petites touches de mélodica et de glockenspiel. Avec une telle panoplie, on pourrait craindre un énième disque de folk de chambre suintant la mélancolie, mais Squares On Both Sides se démarque d'une quelconque école traditionnaliste en étayant son propos de fields recordings toujours pertinents, d'interventions numériques discrètes et jamais gratuites, et pour tout dire souvent délectables, comme cette boucle irrésistible qui se met paisiblement en place, pour finalement faire acte de Presence sur le morceau du même nom. Et que dire des interventions électroniques fragiles et volatiles du japonais aus (Telegraphy), ou de cette rythmique mimant la lente progression d'un attelage équin sur un Kitsune aux contre-chants murmurés, beau comme du Sparklehorse première mouture (un fantôme lointain que l'on se remémore aussi sur Author).
Mais plus que tout, c'est cette faculté qu'a ce garçon d'instaurer des instants complices, aidé en cela d'une voix plus assurée et mise en avant que par le passé, mais qui persiste à laisser fuir les fêlures de l'âme.
Tant de sincérité et de retenue ne font que parachever mon attachement au personnage et à sa musique. Plus qu'une Indication, ceci est le signe manifeste que cet album très humain va figurer au chapitre des pages musicales qui comptent.
[9.0]
Sébastien Radiguet

Squares On Both Sides - Kitsune

Tracklist :
01. Pripyat
02. Kitsune
03. Temples 1
04. The lines we seize
05. Cantaloupes
06. Temples 2
07. Presence
08. Author
09. The photographic gun
10. Indication
11. Telegraphy

Durée : 39'10
Sortie : 14 février 2009
Label : Own records / Differ-ant

Repost 0
Published by ondefixe - dans CHRONIQUES ALBUMS
commenter cet article
11 février 2009 3 11 /02 /février /2009 22:10
A l'image du label ami Moteer qui a tendu la main à Minimum Chips, flaü diversifie son catalogue et le poppifie à demi-mots en accueillant le quatuor protéiforme Now. Mais la pop de ces drôles d'oiseaux, cheap et atypique, difficilement étiquetable, ne se laisse pas facilement apprivoiser.
Comme chez Minimum Chips, l'influence Stéréolaborantine est sondable mais pas explicite. On la trouve d'entrée de jeu sur un Song qui nous fait croire à une possible joint venture entre la bande à Laetitia Sadier et les éternelles enfants d'Au Revoir Simone, qui se paierait une reprise indigente de Can. On retrouve ici un amour doucement clamé aux synthés et boîtes à rythmes antiques et bon marché ; ces dernières imprimant 11 minutes durant, un rythme rudimentaire, imperturbable et binaire. Mais cette ascendance Stéréolaborantine que l'on retrouve sur Here s'estompe au profit d'une électro-pop fraîche et innocente, souvent colorée à coup de choeurs insouciants (tu-tu, ooooh-oooh, la-la, en veux-tu en voilà !), infiltrée de guitares vaguement shoegaze (Dwellpoint) ou délivrant des petits riffs funky comme autant d'échos au groove d'A Certain Ratio (Relive the food). Cheap, candide et un peu brute de décoffrage (voyez donc l'ingénu Lies are up !), leur musique se dote de petites touches d'exotisme (ukulele et mbira), goûte aux joies de la dissonance (No feelings), de l'âpreté (Its so), mais ne se révèle véritablement convaincante qu'en toute fin de parcours, avec un Last propulsé par des orgues et illuminé de glockenspiel, concurrençant derechef la pop stratifiée de Caribou.
[6.0]
Sébastien Radiguet

Tracklist

1. Song (10:59)
2. Dwellpoint (1:58)
3. Relive the food (6:51)
4. Sucksinewaves (5:51)
5. Lies are up (2:51)
6. No feelings (2:16)
7. Its so (3:44)
8. Here (3:53)
9. Last (5:33)

Durée : 44'00
Sortie : octobre 2008
Label : flaü / mochi mochi

Plus+
L'espace MySpace de Now
Repost 0
Published by ondefixe - dans CHRONIQUES ALBUMS
commenter cet article
5 février 2009 4 05 /02 /février /2009 20:26
Deuxième album pour le compte de l'exigeant label 12k, Aix voit le passionnant Giuseppe Ielasi transposer ses ambiances électro-acoustiques dans un contexte où les rythmiques concrètes prennent forme.
Sur une trame ambient réduite où le travail de la matière sonore reste un souci de premier ordre, l'expérimentateur italien superpose et enchaîne boucles lentes et minimales, samples morcelés et esquisses rythmiques élaborées à partir de sources sonores variées et dématérialisées. Laissant une large place à l'espace, ces éléments s'imbriquent en donnant l'illusion de le faire, sinon de manière aléatoire, avec un décalage permanent qui instaure  une sensation de flottement qui sied fort bien à la délicatesse de l'ensemble.
Derrière cette approche de prime abord clinique et systématique (où le superflu n'a pas sa place, et ce jusque dans les titres anonymes et concis), la musicalité n'est pas en reste : ainsi des mélodies aux contours nets apparaissent dans les engrenages de piano, guimbarde et djembé de la 3ème pièce, sorte de bref écho aux ambiances claustrophobes du Silur de Tarwater.
Si à de rares occasions, l'accent est mis sur un travail plus linéaire de textures synthétiques et cristallines, la nouvelle attirance de Ielasi pour ces canevas rythmiques qui font écho à l'artwork très architectural, nous promènent sur des territoires dub au groove jazzy, marqués de basses rondes et pulsations sourdes.
L'italien, qui s'en est allé enregistrer cet album à Aix-En-Provence, nous gratifie d'un supplément d'âme et de chaleur très palpable en fin de parcours. La pénultième pièce mêle ainsi samples morcelés de guitare, harpe, marimba et trompette, et les réagence en un lent ballet mélancolique et profondément humain. L'état de léger spleen perdure sur un final où notes étirées d'accordéon et de cuivres accueillent de bien jolis motifs tricotés par une contrebasse des plus dextres.
Du très bel ouvrage, presque Aix-emplaire.
[8.5]
Sébastien Radiguet


Durée : 31'20
Sortie : janvier 2009
Label : 12k

Repost 0
Published by ondefixe - dans CHRONIQUES ALBUMS
commenter cet article
4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 21:25
Quand un label (Sensory projects dans le cas présent) se charge de prodiguer quelques bonnes nouvelles (Hood et sa ramification The Declining Winter, entre autres) en ses propres terres (l'Australie en l'occurence), cela incite inévitablement à une fouille rapprochée de son catalogue.
Et la première trouvaille à émerger de ce travail exploratoire (guidé par les conseils avisés de monsieur Part-Timer) répond au nom de Children of the Wave. Et pour que les choses soient immédiatement claires, elle n'est pas des moindres.
Né de la rencontre d'un folkeux pur-jus amateur de mélodies et d'un manipulateur de son doucement illuminé, ce projet jongle habilement avec ces origines disparates.
Dès Underwater song, le décor naturaliste et l'humeur rêveuse sont plantées : on se laisse bercer par le ressac de la mer et autres fields recordings, une guitare préparée aux notes inversées, de petits drones d'accordéons, qui résonnent comme autant d'ingrédients qui on contribué à la renommée de Mountains. Mais une montagne avec un vocaliste céleste au sommet.
Mais ce penchant pour une ambient manipulée et infiltrée de samples dépaysants ne doit pas occulter les déviations vers une folktronica enchanteresse (les boucles de Kora et ses rythmiques de pongiste), ou plus généralement vers un folk pastoral et astral qui vaudrait à nos nouveaux amis de figurer au catalogue Kning Disk, juste à côté d'Erik Enocksson, Misophone ou Peter Broderick (on trouve sur Happy bats cette même façon de survoler d'un chant spectral un terrain ambient délicat).
A l'évidence curieux, globe-trotters dans l'âme (au point d'aller à la pêche aux samples en Corée ou à Bali) et touche-à-tout (tout = harmonium, guitare, kora, clarinette, Farfisa, accordéon, claviers, poubelles recyclées, brics et brocs...), ces enfants ont su extirper la face apaisée et touchante de Tunng, où les penchants les plus boisés d'un Mùm qui aurait convié au folklore pensif de Late august blues, un chant de baleine australe et une panoplie très vaguement countrisante (banjo, violon et triangle).
Que Children Of The Wave constitue une belle surprise, c'est peu de le dire, et ça n'est pas le caudal Should there be violence ?, avec son final en forme d'ambient étoilée en totale apesanteur (merci Mr Eno), qui nous incitera à déclarer le contraire.
[8.5]
Sébastien Radiguet

Children of the Wave - Children of the Polka

Tracklist :
1. Underwater song
2. Kora
3. Happy bats
4. Late August blues (and reds)
5. And then the rain came
6. Even the stars are a mess
7. Children of the polka
8. Something good
9. Should there be violence?

Durée : 43'10
Sortie : septembre 2008
Label : Sensory projects

Repost 0
Published by ondefixe - dans CHRONIQUES ALBUMS
commenter cet article

Recherche

Wikio - Top des blogs - Musique
http://www.wikio.fr

Archives

Articles Récents