Enfantant les albums avec une fréquence quasi-annuelle, John Vanderslice en est rendu à son septième, continuant à tenir un discours pop versatile et parfois lyrique, étayé de vents, de cordes et de sonorités aux saveurs particulières (Mellotron, Orchestron, Pump organ).
En l'absence de son ami Scott Solter, producteur pointilleux, véritable révélateur du détail étrange (qui a brillé par sa présence aux côtés de The Balustrade Ensemble), sa musique revêtirait certainement une allure plus ordinaire et moins pertinente.
Mais il n'en est rien, et il paraît presque aussi inenvisageable de tout aimer que de tout détester dans cette brève collections de chansons changeantes.
On trouve ici une ballade dénudée, discrètement chantée par un homme seul en proie avec sa guitare et ses états d'âme (Romanian names), quelques pages de pop familière, dans la lignée de celle générée par Death Cab For Cutie (Sunken Union Boat), ou dans celle plus passéiste et polyphonique remise au goût du jour par Midlake (Carina Constellation). Le bonhomme s'en sort également bien lorsqu'il tente le coup ambitieux de la lente procession électro-orchestrale (Too much time, ample comme une réminiscence du Music for Moviebikers de Kaada), ou celui de la pop panoramique drapée de cordes et de piano (Fetal horses, dans lequel sa voix, dans ses élans lyriques et solennels, nous rappelle immanquablement celle de Robbie Williams, et oui, c'est ainsi). John Vanderslice aime aussi jouer la carte du contraste, opposant sa voix limpide aux guitares cradingues et léthargiques de Krikor (Summer stock), ou faire le fanfaron, en osant un C&O Canal en forme de foxtrot conçu par un Tunng qui aurait convié un tandem de chansonniers appliqués, en vue d'illustrer le monde merveilleux de Walt Disney. Curieux gonze tout de même.
[7.0]
Sébastien Radiguet

John Vanderslice : Too Much Time


Tracklist
01. Tremble And Tear
02. Fetal Horses
03. C&O Canal
04. Too Much Time
05. D.I.A.L.O.
06. Forest Knolls
07. Oblivion
08. Sunken Union Boat
09. Romanian Names
10. Carina Constellation
11. Summer Stock
12. Hard Times

Durée : 37'25
Sortie : juin 2009
Label : Dead Oceans / Differ-ant

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Après une poignée d'albums ambient plus ou moins obscurs (les macabres Xela et Svarte Greiner ou le rêveur Mokira), Type s'octroie le droit de signer City center, un tandem d'artistes légèrement siphonnés baignant dans le même New York animalier et foutraque que celui d'Animal Collective ou mieux, de son échappée solitaire Panda Bear.
Et même si de prime abord, dans leur façon d'échafauder des voiles brumeux à partir de matériaux électroniques désintégrés et de guitares retravaillées, de chanter d'une voix lointaine et noyée dans l'écho, le tandem conduit par Fred Thomas et Ryan Howard nous renvoie plutôt à un Benoît Pioulard azimuté et délesté d'une once de mélancolie, on se rend très vite compte que le parallèle avec notre Panda préféré est plus pertinente.
En effet, très souvent cette pop voilée et cramée par un surplus de soleil dévie vers une forme de tropicalisme psychédélique rehaussé de parcelles de flutes, vibraphone et gamelan, où les voix se démultiplient, se font foldingues, où les percussions sommaires (tambourin, entre autres) et les programmations rythmiques chétives arborent une attitude résolument primaire (de primate ?), pour ne pas dire tribale.
Loin d'être erronée mais forcément réductrice, la ressemblance est assez flagrante sur Bleed blood, titre qui nous rappelle avec délice les jams d'Animal Collective dans leur penchant le plus liquéfié (et l'attirance pour le maëlstrom sonore est même vivement partagé sur le final de Young diamond !)
Mais l'album recèle aussi ses intermèdes dénués de toute accroche poppy, notamment lorsque les voix s'étiolent au point de filer le parfait accord avec les vastes plages vaporeuses que sont Cloud center et You are a force.
Avis donc à tous ceux qui pensaient que les cinoques Animal Collective et la coqueluche Panda Bear avaient fait le tour de la question : un détour par ce City center n'a rien de superflu et s'avère même être très digne d'intérêt.
[8.0]
Sébastien Radiguet

City center :
Open/House

Tracklist :

01. Killer whale
02. Open/House
03. Life was a problem
04. Gladest
05. Bleed blood
06. Cloud center
07. Your are a force
08. Summer school
09. Young diamond
10. Unfinished hex

Durée : 41'50
Sortie : mai 2009
Label : Type records

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Multipliant autant les pseudos (Mokira, Lowfour, Komp, Rechord) que les labels fréquentés (Mille Plateaux, Type, Echocord, CubicFabric, Raster Noton pour ne citer que les plus illustres), Andreas Tilliander fait un peu figure de ponte sur la scène électro actuelle, tant pour ses travaux en tant que compositeur, que pour ses prouesses à la production et au mastering.
Sur ce deuxième album pour le compte du label Type, où les titres s'enchaînent de manière imperceptible, la part belle est faite aux longues plages ambiantes et (quasiment) arythmiques.
Ainsi, sur les deux premiers titres, on se laisse bercer par un léger flot de nappes vacillantes au grain analogique, qui se répètent suivant un processus de lente désintégration, tel qu'affectionné par William Basinski. Et puis subrepticement se greffent d'autres éléments du même type alliés à des samples, des voix et séquences radiophoniques altérées très lointaines, apportant à l'ensemble étoffe et variations de tons.
Et puis la matière s'amenuise, un squelette de basses synthétiques et réverbérées constitue l'essence minimale et vaguement dub de Contour. Ces basses arrondissent leurs angles, se font sourdes, pulsatives et répétitives, donnant au finement rythmé Valla Torg kraut des allures de dub subaquatique  niché dans la peau d'un krautrock défilant à vitesse réduite.
Faisant office de césure, le bien nommé Oscillations and Tremolo ressemble à une exploration amoureuse des potentialités (et potentiomètres) d'un vieux synthé analogique aux sonorités très sinusoïdales, cristallines d'une part, plus incisives et science-fictives d'autre part.
Ode to the Ode to the Street Hassle semble vouloir ressusciter une fanfare militaire sans âge, sous forme de sample profondément altéré et mis en boucle, nostalgique transition vers un final où la rémanence des nappes défaillantes du début dans une version plus mélodique et sensible nous invite à l'amour (dixit le titre).
[7.5]
Sébastien Radiguet

Mokira :
Invitation to love

Tracklist :
1. About last step and scale
2. Lord, am I going down ?
3. Contour
4. Valla Torg kraut
5. Oscillations and Tremolo
6. Ode to the Ode to the Street Hassle
7. Invitation to love

Durée : 53'10
Sortie : avril 2009
Label : Type records

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